Balayant de son faisceau en filigrane d'argent les toits verts et superposés des pagodes, un rayon de lune se glissa entre les lames des persiennes. Il éclaboussa de douce clarté les jades et les bronzes qui ornaient la chambre, effleura de ses longs doigts d'étain le paravent incrusté de dragons noirs, la lanterne en soie peinte suspendue au-dessus du lit en bois de rose où Pivoine s'abîmait dans un rêve sans fin.
Mue par un soudain et irrépréhensible élan, la jeune fille écarta les rideaux de sa couche, se leva et revêtit sa tch'an 'pao.
Au tintement de ses bracelets, l'alouette secoua ses ailes brunes dans la cage de bambou qui oscillait près du coffre de laque rouge.
Guidée par le lilas et le jasmin qui répandaient leurs parfums délicats sous les cerisiers, Pivoine franchit l'écran de marbre.
Enivrée de brise vespérale, elle avançait lentement, ses pieds menus chaussés de satin doré, son visage de fine porcelaine frémissant sous la poudre de riz, bien à l'abri derrière un fragile éventail. Une gerbe de lys piquée dans ses tresses noires dessinait un diadème au-dessus de son front pur.
Bien que séparée de son bien-aimé par les luttes ancestrales, elle souriait mystérieusement, les yeux étirés vers les tempes. Sa bouche en c½ur retenait les paroles pleines de sagesse que lui soufflait son âme.
Sur la surface miroitante de l'étang au-delà duquel les saules balançaient leurs rameaux bleutés, les carpes s'endormaient parmi les corolles des lotus qui étalaient leurs robes de tulle blanc rosé.
Sous la voûte céleste poudrée d'étoiles, les rocailles cristallines profilaient leurs ombres et le long de l'allée qui serpentait le jardin entre les pavillons silencieux, la fleur de pêcher semait à tout va ses pétales duveteux sous l'arche des pruniers.
Résolument, Pivoine progressait à pas comptés sur le petit pont de bois qui enjambait la mare aux nénuphars ...







